partie d'échecs- Le chant de l'univers

Un jeune homme, empli d’amertume, se rendit dans un monastère zen pour y rencontrer un grand Maître :

 – Cher Maître, la vie m’a déçu… Je voulais atteindre l’illumination pour me délivrer de ma peine, mais j’en suis incapable, je l’ai compris. Je ne pourrai jamais passer des années dans la méditation, dans l’étude des textes, ni dans l’austérité… C’est au-dessus de mes forces. Existe-t-il un chemin plus rapide, pour un homme comme moi ?

Le vieux Maître lui demanda alors :

 – Est-ce que tu t’es déjà réellement concentré sur quelque chose, dans cette vie ?

– Je suis né dans une famille aisée…, réfléchit le jeune homme. Je n’ai jamais eu à travailler… La chose qui m’a le plus intéressé c’est encore le jeu d’échecs. Je passe le plus clair de mon temps à jouer à cela.

Le Maître zen fit appeler un autre moine.
On apporta également un échiquier et une épée tranchante. Les pièces d’échec furent disposées sur la table et le Maître s’adressa au moine : 

Tu m’as juré obéissance. Voici le moment venu… Tu vas jouer une partie d’échecs contre ce jeune homme. Si tu perds ce jeu, je te coupe la tête. Si tu gagnes, je lui couperai la tête.
De toute sa vie, il ne s’est appliqué qu’aux échecs. Il mérite d’avoir la tête coupée s’il perd. 

Les deux hommes regardèrent le Maître. Sa détermination se lisait sur son visage et ils en eurent des sueurs froides. Ils s’installèrent alors face à face et entamèrent le jeu.

Le jeune homme sentait les gouttes de sueur perler sur son front. Il savait qu’il jouait pour sauver sa vie. L’échiquier devenait le monde tout entier. Il s’identifiait à l’échiquier. Il devenait peu à peu l’échiquier…

Au début de la partie, le visiteur se faisait mener… Tout à coup, le moine fit une erreur et le jeune homme reprit l’avantage. Il en profita pour lancer une attaque à son adversaire, qui voyait petit à petit ses possibilités de victoire s’amenuir…

Le jeune homme lança un regard furtif au moine. Il vit en face de lui un visage intelligent et sincère, marqué par des années d’effort et pensa à sa propre vie, oisive et insignifiante… Il se sentait ému par cette révélation intérieure…

Délibérément, il commit une maladresse, puis une autre… Il ruinait volontairement ses chances de gagner.

C’est alors que le Maître renversa brusquement l’échiquier, éparpillant toutes les pièces restantes… Les deux joueurs, surpris par ce geste le regardèrent, stupéfaits. Il déclara : 

– Il n’y a ni vainqueur, ni perdant. Aucune tête ne tombera… 

Il se tourna ensuite vers le jeune homme et ajouta : 

 – Deux choses sont nécessaires, la concentration et la compassion. Tu as appris ces deux vertus aujourd’hui. 

Tout peut nous enseigner, même une partie d’échecs…

Contes du Monde – Asie

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